Confinés en Nouvelle Zélande

Voilà plus d’une semaine que nous sommes confinés en Nouvelle Zélande. Tout s’est passé si vite et il a fallu faire face à pas mal d’imprévus, comme tout le monde. Comment ça s’est passé ? Comment ça se passe ?

On remontait vers le nord, pour commencer gentiment à revenir à Auckland où nous attendait la suite de notre voyage. Le compte en banque kiwi était à zéro, il nous fallait travailler et la région de Nelson nous semblait propice pour ce projet. C’est donc à Richmond que l’on a trouvé du travail, dans une pépinière qui s’occupait de bébés pommiers. Sur le papier ça sonnait bien. Le job consistait en fait à arroser de pesticides les allées entre les arbres. On a hésité à démissionner le premier jour mais on ne l’a pas fait. J’avais l’impression d’être un nazi des arbres mais bon, la situation était délicate, il nous fallait un boulot et c’est tout ce qu’on a trouvé. On s’est trouvés plein d’excuses pour faire ce job ; “si c’est pas nous, quelqu’un d’autre le fera” ou “c’est que pour deux semaines” ou encore “ouais mais ici c’est comme ça”. Alors on était devenus des collabos de Monsanto ? On n’a pas été tranquilles avec ce boulot d’un point de vue morale mais il s’est avéré fort utile par la suite. On a commencé le 10 mars. Bien entendu, on surveillait les actualités d’Europe et de France.

carte confinés nouvelle zélande

On a vu arriver le virus sur le territoire français. On savait bien que l’annonce de la fermeture des frontières en France attendrait que le premier tour des municipales soit passé, on s’attendait à une annonce de confinement mais pas à une entrée en guerre. Je ne referais pas l’article, je laisse ça à d’autres qui le font très bien. Donc le lundi 16 mars, au vu des mesures prises en France, on s’est dit qu’on allait travailler le plus possible ici. L’accès aux frontières de Nouvelle Zélande était déjà régulé par une mise en quarantaine de quatorze jours pour toute personne entrant sur le sol kiwi. Les backpackers se sont fait rares, on a compris qu’il allait être dur de vendre Garfield, notre van, et qu’il valait mieux bosser pour éponger la perte sèche. On a demandé à rallonger notre contrat, le lendemain matin on avait un nouveau contrat jusqu’au 1er mai. Il était temps de souffler un peu. On était installés dans un camping de Richmond.

pommes champs nouvelle zélande
Les champs de bébés pommiers

Le 19 mars, la première ministre Néo Zélandaise Jacinda Ardern annonce la fermeture historique des frontières du pays. Là plus de Backpackers du tout, adieu la vente de Garfield. Ça a commencé à paniquer un peu à bord du pays, des voyageurs coincés dans des situations plus ou moins difficiles essayaient de rejoindre la France à bord des avions encore disponibles. On a décidé de rester, on était mieux ici qu’au pays, au vu de la situation. Se balader dans dix aéroports pour rentrer en France et choper cette saloperie en cours de route et la ramener à la maison ne nous plaisait pas. On continuait de bosser dans les bébés pommiers en vivant dans notre camping. Le 21 mars, Jacinda fait une annonce pour expliquer les niveaux d’alerte en Nouvelle Zélande je n’ai pas pu m’empêcher de noter la différence de ton employé entre cette jeune représentante d’un pays au milieu du pacifique et le président français guerrier. Mais l’annonce était claire, on était en level 2, préparez vous à passer au 3 puis au 4.

On bossait toujours dans les pommiers et on se demandait comment ça allait se passer mais personne n’en savait beaucoup plus que nous. Comment être confinés en van en Nouvelle Zélande ? On a commencé à contacter notre agence de voyage avec qui on avait fait les réservations pour la suite du trip ; Nouméa, Japon puis retour en France. Ça, ça n’allait pas se faire pour sûr. Comment s’en tirer au mieux possible ? Là encore, perte d’argent, les remboursements ne se feraient jamais à 100%. On a commencé doucement à faire des stocks de conserves, d’huile, de riz…

champs pommiers
Avec des “si” on mettrait Paris en bouteille

Le 23 mars, Jacinda annonce la mise en place du level 3, qui limite les déplacements et qui sera suivi 48 heures plus tard du level 4 : confinement pendant 4 semaines. Là ça a été la panique. Les liaisons aériennes étaient fortement réduites, les derniers à essayer de partir en Europe sont allés sur Auckland. Les billets ont explosés, presque 4 000€ pour retourner en France. On s’est concertés et on a pris la ferme décision de rester plutôt que de s’embourber dans une tentative in extremis de retour. Lorsque la situation s’améliorera on pourra rentrer. On a demandé au camping si on pouvait rester avec notre van là la durée du confinement. Vu que ça faisait trois semaines qu’on payait nos 210$ par semaine ils ont dit oui, ils n’acceptaient plus de nouveaux arrivants. On avait un toit, de l’électricité, de l’eau avec douche et wc.

Chez les pommiers herbicides, on faisait des plans dans tous les sens. Si ils restaient ouverts, car faisant partie de la chaîne de production alimentaire, même à la base, on pouvait peut être bosser encore un peu. Si ils fermaient, ils nous mettraient à la porte. Il y avait une aide du gouvernement néo-zélandais pour les salariés forcés à arrêter d’aller bosser, mais nous en tant que saisonniers étrangers on n’y aurait sûrement pas droit. Si on ne bossait plus là, on pourrait aller bosser dans des champs de pommes ou de kiwis, qui resteraient sûrement ouverts parce que essentiels. Si… Si… Les responsables RH nous ont indiqué qu’ils donneraient leurs options le mercredi 25 mars. La matinée était difficile, en train d’arracher des mauvaises herbes à se demander à quelle sauce on allait être mangés. A midi, notre team leader est arrivé avec des papiers en nous disant qu’on avait droit à l’aide du gouvernement jusqu’à la fin de notre contrat, le 01er mai. On ne s’attendait pas à celle là. On allait être payés par le gouvernement néo zélandais ? 585$ brut chacun. On était tranquilles pour tenir quatre semaines en confinement ! Soulagement.

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L’installation de notre base confinement

Le soir du 25 mars, à minuit, on était confinés en Nouvelle Zélande. En sortant du boulot on s’est rués vers une papeterie, on a acheté des blocs de dessin pour aquarelle et deux jeux de cartes. Dans l’après midi on est passés voir Adrien pour un café et discuter un peu de la situation, on est passés également chez une commerçante de fruits et légumes locaux excellents. Elle fermait ses portes car le gouvernement n’avait pas jugé son activité essentielle. Aberration. Le soir on était dans notre camping, s’interrogeant sur l’avenir.

Le lendemain matin, premier jour de confinement, on se prend un petit dèj et je sors du van pour fumer la clope du matin. Le proprio du camping, un monsieur trapu au crâne chauve qui ressemble à Hank dans Breaking Bad, arrive, un masque sur le visage et portant des gants. Il me gueule que je ne peux pas rester dehors sans gants ni masque, qu’il se fout de savoir si mon van est petit, que c’est le premier avertissement, j’ai droit à un deuxième puis c’est la porte. Je lui réponds que je vais pas fumer dedans, lui me dit que si. Ha…. On mets des gants et un masque et on part à sa recherche quelques instants plus tard. Et si on construit un auvent fermé devant le van ça marche ? Oui, dit il inquiet, si il est fermé de chaque côté.

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Le “cube”

On a sorti tout ce qu’on avait dans le van pour fabriquer un auvent. Le toit existait déjà avec des piquets, on avait une grande bâche qu’on utilisait pour le canyon, une couverture en polaire rose avec des franges immense et des sacs à viande de chez décat. Avec ça des cordes de canyon et des mousquetons, quelques ficelles et à portée de main une table de pique nique en bois massif comme celles qu’on trouve sur les aires d’autoroute.

On a décidé de réquisitionner la table, on a y a fixé un des piquets avec de la corde, on a installé le toit et tendu les ficelles sur le deuxième piquet maintenu par des pierres ramassées dans le camping. Pour les murs on a utilisé la bâche et le plaid rose à franges. Laura a cousu ensemble les sacs à viande et ça nous à fait un troisième mur, un peu plus fin, qui laisse passer la lumière du soleil côté sud-est. Il manquait un mât, pour maintenir le toit quand il allait pleuvoir. J’ai demandé à une dame qui gère le camping, elle m’a trouvé un tube en métal d’environ un mètre. Je l’ai fixé à la table, maintenu avec 15 mètres de cordes. Je me suis assis et j’ai allumé une clope. On avait notre abri de confinement, doublant ainsi notre surface de vie.

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Le salon

Plus tard on y a intégré notre table de camping, créant ainsi un bureau qui me sert bien. On a ajouté notre drapeau pirate, suspendu notre enceinte portative à un mousqueton, ajouté des lumières et la table de pique nique nous sert de table à manger, bureau et tapis de jeu. On a amélioré après les premières pluies, retendant des cordes. Le seul à être vraiment à l’aise c’est Basile notre basilic, qui passe ses journées au soleil.

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Dans les rues vides de Richmond, pour aller faire les courses

On ne sort pas beaucoup de ce cube. Pour aller aux toilettes on doit mettre des gants et un masque. Pour faire la vaisselle aussi. Pour la douche aussi. En Nouvelle Zélande il n’y a pas vraiment d’interdictions, mais des restrictions. Pas de rassemblements, les commerces non essentiels sont fermés, plus d’école ou d’université mais il n’est pas interdit de sortir, fortement recommandé de ne sortir que pour faire les courses ou de l’exercice pas loin de la maison. On s’est fait un programme et tous les deux jours on part courir et faire de l’exercice en dehors du camping, pas très loin. Une fois par semaine on va faire les courses à pied, parce qu’il est hors de question d’enlever l’abri et ça fait une sortie. Seuls les supermarchés sont ouverts. Sinon on vit confinés, pas plus pas moins. On s’occupe.

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Le seul à être vraiment heureux, c’est Basile le basilic

On ne se plaint pas, on suit les nouvelles de France et quand je vois la situation à laquelle font face les services de santé dans différents pays je me dis qu’on n’a pas vraiment à se plaindre. On n’est pas si mal. Nous sommes en relation avec l’ambassade de France pour savoir si on peut rentrer à un moment au pays. La seule réponse qu’on ait eu pour l’instant est : Le travail est maintenu auprès des compagnies aériennes pour la poursuite de vols réguliers et sûrs, dont les fréquences vont être augmentées et vers lesquelles il est nécessaire de continuer à se tourner. Certes leurs tarifs sont parfois élevés dans la mesure où il s’agit en ce moment de tarification sans aller-retour sur une longue distance mais il y a régulièrement des offres concurrentielles. Les offres concurrentielles… Autour de 1500€ le billet. On attend. On attend l’après. Et du coup on réfléchit, on regarde des documentaires comme la Guerre des graines et on s’interroge sur l’après, quand la crise frappera et comment on va pouvoir réagir. Mais pour l’instant on ne sait pas si on pourra rentrer du tout et c’est devenu notre préoccupation première. Il est probable que les liaisons aériennes ne se rétablissent pas de sitôt. Il est temps de se pencher sur les options de retour…

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