L’enfer des kiwis

L’entretien d’embauche

Voilà qu’il nous faut trouver du travail. L’écho qu’on en avait était que c’était assez simple. On se renseigne sur les internet, histoire de trouver quelque chose en rapport avec les kiwis. Sur un site, on a trouvé une proposition d’emploi sur Te Puke où on ne demandait aucune expérience particulière, payé 19$ de l’heure. On s’est dit qu’on allait trouver sur place mais quand même on envoie un mail et on se dirige gentiment vers la Bay of Plenty. On reçoit un mail avec cette phrase ; « Hello Arthur and Laura, when are you ready to work? ». On décide d’appeler pour avoir des informations, sans succès. On nous envoie un sms, on échange par textos pour finalement se donner rendez-vous le lendemain vers 19h30 à une adresse.

carte nz

Le lendemain à 19h10 à l’adresse donnée, on se trouve dans une rue résidentielle en face d’une maison. « T’es sûr que c’est là ? » Un indien avec une casquette sort la tête d’une fenêtre. « You are the people for contract ? », « Heu yes, we are, but we’re a bit early », « two minutes », « okay ». On attend dans son jardin. On fait face à une de ces maisons en bois peinte en blanc, genre banlieue américaine, un peu préfabriqué. Le type sort de la porte et nous dit en indien anglais d’aller le rejoindre par la porte à côté.

Il a fallu qu’on se déchausse pour entrer dans la maison. On s’assoit dans son salon décoré à l’indienne, on peut entendre ses enfants qui jouent et qui rient dans les pièces voisines. Il nous dit s’appeler « khfegou », on ne comprend pas, il s’occupe de nos contrats, est-ce qu’on a nos passeports ? Visas ? IRD ? Oui oui, il nous demande passeport et visa, il jette un œil et dit ok, il prend son téléphone et commence à les prendre en photo et les envoie par whatsapp. Je lève un sourcil, mais qu’est-ce qu’il fait ? En regardant de plus près je vois qu’il a d’autres photos de passeport dans les messages précédents. Et si tout ça n’était qu’une couverture de la mafia indienne qui récupère toutes nos data personnelles pour les revendre au marché noir ? Bon arrêtons un peu, je lui dit que l’IRD on l’a pas encore mais on a fait la demande, on a le reçu de la demande si il veut. Il dit « hmmm okay moment please I call my boss ». Et il parle en hindi au téléphone. Laura fait une drôle de tête et moi je me dis que là c’est original quand même, on se marre, on ne comprend rien. Que fait ce mec là ? Il nous sort un classeur de personnel avec des fiches et deux contrats. On lit les contrats mais on ne sait pas grand chose de ce qu’il doit contenir en Nouvelle Zélande, on se rassure en se disant que si y a contrat, y a moyen que ce soit sérieux. On pose deux trois questions, il nous explique comment la journée se passe, ce qu’on va faire, on ne comprend pas tout, il parle vraiment comme un indien parle anglais. Il nous propose un hébergement au passage. On commence dans deux jours, car demain il pleut.

Te Puke capital kiwifruit world

Une journée dans les kiwis

06:20 Réveil dans notre van, l’endroit où on séjourne est partagé avec quatre tchèques. On se fait un petit dèj, on prépare les sandwichs de la journée, on se salue de loin et on se partage les toilettes, un wc pour six. On est souvent les derniers à partir, après avoir fait la vaisselle, à 07:20.

07:55 Arrivée sur place, dans les champs de kiwis, appelés ici les orchards. Tout le monde vient avec son van ou sa voiture. Notre indien, qui s’appelle Ricou, nous fournit à chacun une pince en bois et la journée commence. Le boulot n’est pas compliqué, il faut attraper les tiges de kiwi et pincer les bourgeons au bout à l’aide de l’ustensile en bois. On suppose que c’est pour ralentir la croissance de la plante et qu’ainsi elle concentre son énergie sur les fruits. Nos indiens n’ont pas cru bon de nous expliquer le pourquoi de la chose, le comment étant apparemment amplement suffisant. Ils sont deux indiens à surveiller que le travail soit bien fait, un sikh avec un turban et Ricou avec sa casquette. Ils se promènent à travers les allées de kiwis un bâton à la main pour attraper les tiges les plus hautes.

kiwi tipping
kiwi tipping
kiwi tipping

10:00 Ricou gueule à plein poumon : « Break time !!! Put a stick in the ground !!! ». C’est le signal, on plante un bâton dans le sol pour savoir où on était dans l’allée et on se dirige vers les véhicules. La première pause est toujours guillerette, on est une bonne quinzaine à bosser dans le champs. Pas mal de français, qui se retrouvent autour d’une table et discutent. Le plus souvent, on parle de van et de boulot, de combien tu gagnes et tout ça. On rigole un peu, on se prend du café et des petits gâteaux.

kiwi jungle
La jungle des kiwis ! Repérez les bourgeons…

10:15, Ricou gueule à plein poumons « Time to work guys !!!! » On y retourne. Le boulot n’est pas compliqué, un peu dur physiquement parce qu’il faut se pencher, chercher les branches, les attraper, il fait chaud et on y voit pas grand chose. Mais surtout c’est mentalement que dans ces heures là on se demande ce qu’on fout là, à l’autre bout du monde, à faire ce boulot débile. On se dit que les sous permettront de voyager plus tard mais quand même. Vers 11h20, tous les jours, Ricou gueule « A little bit more faster please !!! », ce qui n’a aucun effet sur aucun des participants.

kiwi orchads

12:30 Ricou gueule à plein poumons « Lunch time !!! Put a stick in the ground !!! » On se retrouve entre français pour manger nos sandwichs, bien souvent à base d’avocats. On discute, un tchèque fort sympathique nous accompagne de temps à autre. A l’ombre des kiwis, on prend notre pause déjeuner fort courte.

13:00 « Time to work guys !!! », on y retourne. Pour ne pas devenir complètement chèvre, on écoute des podcasts sur nos téléphones. Ainsi on a pu découvrir les livres audios, chose que je ne connaissais pas jusqu’alors, avec notamment une belle adaptation du Comte de Monte-Cristo de Dumas. Grâce aux conseils d’un bon ami qui bosse dans les vignes en France, j’ai fait le plein d’émissions de France Inter. C’est marrant d’être à l’autre bout du monde et d’écouter Charline Vanhoenacker ou Jean Lebrun.

kiwi flower
Fleurs de kiwis

15:00 « Break time !!! Put a stick in the ground !! » Les conversations commencent à se faire plus rare pour les pauses. Les sourires s’effacent peu à peu.

15:15 « Time to work guys !!! » Ricou ne change jamais son discours. Il n’a jamais une minute de retard. On y retourne. C’est l’occasion d’écouter autre chose. Une belle découverte de ce job débile sera Les Baladeurs, un podcast sur des aventuriers qui racontent leurs histoires à leur façon. je recommande vivement !

never ending day in kiwi orchads
La journée semble sans fin dans les kiwis…

17:00 « Break time !!! Put a stick in the ground !! » Cette fois ci, plus personne ne parle, on s’assoit sur nos chaises en se disant que c’est bien court comme pause quinze minutes.

17:15 « Time to work guys !!! » Dans cette ambiance chaude et moite, sous les feuillages des kiwis, si on enlève ses écouteurs on entend un grand silence et le bourdonnement des abeilles. Avec les deux indiens qui se promènent leurs bâtons à la main, on se croirait dans un mauvais remake du Pont de la Rivière Kwai sauf que là tout le monde est volontaire pour faire ce job. C’est à devenir fou !

18:30 Ricou gueule la phrase salvatrice de la journée : « Home time !!! ». Tout le monde remonte dans son véhicule et se rentre gentiment chez soi.

go home after kiwi day

19:00 De retour dans notre baraquement, on s’entend pour aller prendre la douche, y en a une pour six. Les tchèques mangent tôt, du coup ils passent souvent en premier, on s’arrange. On se fait à manger dans notre van, on a laissé tombé l’option de faire à manger sur la gazinière dans la pièce commune, il faut attendre que tout le monde ait fait à manger ou s’intercaler entre deux, c’est trop galère. On finit la soirée avec un film généralement et on se couche pas tard pour recommencer le lendemain…

Le côté social Néo Zélandais

Voilà, on aura fait deux semaines dans cet enfer. Quelques questions se sont posées durant ces deux semaines auquel j’essaierai de répondre au mieux. Le salaire minimum est de 17,70$ brut par heure, soit environ 10€. La semaine en Nouvelle Zélande est à 40 heures, 8 heures par jour sur 5 jours. Pour notre part on pouvait bosser 10h par jour, 7 jours sur 7. La paye est hebdomadaire. Les impôts sont pris à la source, suivant les revenus de l’année, pour environ 10% du salaire brut. On a pris environ 3000$ net à deux en 10 jours travaillés. Il existe une allocation chômage auquel tout le monde peut prétendre mais le taux de chômage est de 4.2% pour un pays de moins de 5 millions d’habitants. Pour info, en France il est de 8.5% pour un pays de 66 millions d’habitants. Les soins médicaux sont gratuits en cas d’accident pour tout le monde, dans le cadre de l’urgence. Pour les néo-zélandais, l’hospitalisation, urgence et analyses médicales sont gratuits. Mais pour les frais de santé courant, c’est plus complexe, il faut payer ou être bien assuré, on parle rapidement de milliers de dollars. Il existe en Nouvelle Zélande une retraite. On y est éligible à l’âge de 65 ans. La majeure partie de la retraite se fait à travers des fonds de pension, les gens qui nous en ont parlé n’étaient pas bien convaincus par le fonctionnement, l’argent que vous mettez de côté est investis par de tierces personnes ce qui est censé vous rapporter de l’argent par la suite. Ou pas, si on regarde de près les USA. Pour les retraites en France… Non je ferai pas ça !

Allez, le prochain article y aura beaucoup moins de blabla et plus de photos, on ira dans le milieu de l’île du Nord à Kuripapango !!

2 réponses sur “L’enfer des kiwis”

  1. Namaste Bhaï,
    Namaste Didi.
    Apke sa hai ?
    Badia?

    Phir milenge !!!

    Salut ptit frère
    Salut petite soeur
    Comment ça va ?
    Bien ?

    A bientôt

    Ah ah c’est pas si dur l’hindish. …

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